Château Barouillet

    Pomport (Dordogne)

    Que ce soit clair, le barouillet ne fait pas rouiller.

    Château Barouillet

    Où ?

    Pomport, au sud-ouest de Bergerac, en pleine appellation Monbazillac. Et entre Pomport et Bergerac, il y a Saint-Laurent-des-Vignes. On ne peut être plus clair, c’est un pays de vins. Le Bergeracois, c’est treize AOC dont Monbazillac et pas mal de variétés autochtones : côt (malbec), fer servadou, mérille, muscadelle, ondenc, ugni blanc et parfois chenin, en plus des cabernets, merlot, sauvignon et sémillon bordelais. Au risque de schématiser, Bergerac est un Bordeaux qui n’est pas devenu une grande puissance du vin et s’est maintenu dans sa verve gasconne. Ses vins ont longtemps été vendus par le négoce de Libourne sous dénomination générique Bordeaux ; certains sont même partis en douce ajouter du volume à des crus bordelais, et c’était même légal au début du XXe siècle. Selon un dicton local, « les bons bergeracs font les bons bordeaux, les mauvais bordeaux font les mauvais bergeracs ». Quoi qu’il en soit, l’appellation s’est maintenue dans sa verve gasconne : nous sommes au sud du Périgord, un pays qui s’illustre aussi par ses vins liquoreux (monbazillac, saussignac, haut-montravel, côtes-de-montravel et rosette). Les profils des crus rappellent ceux du voisin girondin avec un petit côté rustique, artisanal, qui a largement disparu du Bordelais. Une tradition encore intacte dans laquelle s’inscrit le château Barouillet, qui traîne derrière lui une longue histoire : il est dans la même famille depuis au moins huit générations. « Mes aïeux ont su aimer et choyer cette terre », confie Vincent Alexis, qui énumère sur son site les états de service de son grand-père, Yves « Milou » Alexis, soixante millésimes à son actif ; de son père Gérard, plus de quarante millésimes. Et lui en compte déjà six avec une volonté de continuer le travail de ses prédécesseurs en laissant s’exprimer leurs terroirs le plus librement possible.

    Terroir, parcellaire et encépagement

    Le domaine jouit de la diversité pédologique de la région bergeracoise. Situé parmi les plateaux les plus élevés de l’appellation (175 mètres), il s’étend sur quarante-cinq hectares répartis sur cinq îlots. Neuf hectares sont en bergerac rouge, de belles parcelles exposées est-ouest sur sols argileux à tendance calcaire peu profonde. L’âge des vignes y est d’une trentaine d’années et les cépages sont cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec et la plus rare mérille (ou périgord). Sur la commune de Lembras, cinq hectares sont en appellation Pécharmant, exposés plein sud sur une pente douce et une véritable mosaïque de grès roulés, de silex, d’argilo-sableux, le tout sur une base d’argile blanche et de tran (argile ferrugineuse caractéristique de l’appellation Pécharmant). L’âge moyen du vignoble, réparti entre cabernet sauvignon, cabernet franc et malbec, est de vingt-cinq ans. Neuf hectares en Côtes-de-Bergerac moelleux, entre Pomport et Mescoules, se situent sur un plateau calcaire sec et aride. Âgées de quarante ans en moyenne, les vignes correspondent à l’encépagement de Monbazillac : sémillon en variété dominante, muscadelle, sauvignon et chenin. Le botrytis permet de réaliser des moelleux et des liquoreux concentrés aux grandes qualités de garde. Enfin, neuf hectares à tendance calcaire sont consacrés aux blancs secs : sauvignon blanc, sauvignon gris, sémillon, chenin et chardonnay.

    Méthodes culturales

    La démarche biologique, entreprise dès 2010, se traduit par une conversion progressive au bio avec certification en 2014. Des principes de biodynamie sont appliqués à la vigne comme au chai, tels que le travail en fonction du calendrier lunaire, les tisanes et décoctions de plantes. Le sol est travaillé, enherbé avec tonte, en fonction des conditions pédologiques et des variations climatiques. C’est une viticulture sensible et attentive à la nature qui est pratiquée, définie comme un « retour au bon sens paysan ».

    Vinification

    Les vinifications se font dans la continuité du travail à la vigne, sans intrant (il arrive que du SO2 soit ajouté à dose homéopathique). Pour ce type de travail au chai, une hygiène irréprochable est observée et aucune levure exogène n’est employée. Pas de filtration en grande majorité. Le travail mécanique est privilégié dans le respect maximal de la matière première : tapis élévateur, pressoir pneumatique, pompe péristaltique. Comme à la vigne, les décisions concernant chaque cuvée sont prises en fonction du terroir et du millésime. Les élevages, de même, sont réfléchis et modulés en fonction du type de vin. Cuves en béton, cuves en inox, barriques (très peu de bois neuf) ou même terre cuite servent toutes le même objectif : assurer une micro-oxygénation douce et naturelle du vin plutôt qu’une aromatisation.

    Les vins

    Les vins du château Barouillet ont tout ce qu’on peut demander à des vins de terroir, des vins qui goûtent le lieu où ils sont faits. On remarque dans chaque bouteille une typicité respectueuse de l’appellation et une ampleur, une « liberté du jus » qu’apporte la vinification naturelle. En accord avec leur région et leur terroir, ce sont des vins qui allient la sapidité et la bonne humeur à une droiture, une franchise, une gourmandise qui a toujours été une marque distinctive du Bergeracois.