Domaine Capmartin

    Maumusson-Laguian (Gers)

    “Le raisin n’a pas besoin d’autre chose que lui-même pour faire du vin.”

    Simon Capmartin

    Où ?

    En Gascogne, on aime perpétuer les traditions familiales et agraires. C’est depuis cinq générations que la famille Capmartin se passionne pour la vigne, et c’est depuis les années 80 qu’elle soigne un magnifique vignoble aux sols riches et variés, diversement exposés et propices à la création de grands vins. Ce vignoble gersois s’étend autour de l’ancien couvent de Maumusson-Laguian, imposante bâtisse du XVIIIe siècle accrochée à la roche calcaire d’une ancienne carrière. Elle abrite maintenant les chais et la maison du domaine Capmartin, en appellation Madiran et Pacherenc-de-Vic-Bilh.

    Guy Capmartin s’y installe en 1985 après avoir quitté le domaine familial pour créer le sien. En 1987 naît Tradition, sa première cuvée. Ses vins sont vite remarqués : les médailles de bronze, d’argent et d’or se succèdent. L’approche décidée par le vigneron n’y est pas pour rien : dès le début des années 2000, Guy Capmartin et son fils Simon décident d’améliorer la qualité de leurs vins par le choix d’une agriculture biologique et biodynamique. La certification est obtenue en 2013, le label Demeter est en cours, et le domaine produit également des cuvées nature que nous sommes heureux de vous proposer à Culinaries.

    Terroir, parcellaire et encépagement

    Le domaine entier couvre soixante-dix hectares, vingt hectares sont consacrés à la vigne. Une partie de la surface restante est cultivée en céréales anciennes biologiques pour l’autre activité de M. Capmartin Père : la fabrication de pain ; une autre partie permet d’obtenir colza, tournesol et des engrais verts pour l’ensemencement des parcelles. Tout, évidemment, est en bio. Revenons à la vigne : les sols sont diversifiés — argilo-calcaire, argilo-graveleux, argilo-siliceux, argilo-limoneux à gravettes, l’ensemble comportant des argiles rouges spécifiques du domaine et des galets roulés ou graves aux remarquables qualités filtrantes et thermiques. La parcelle d’argilo-limoneux à gravettes, notamment, est facile à travailler avec des sols très légers, drainants et fins, comme de la cendre : de façon peu surprenante, les vignes de tannat qui y croissent sont préphylloxériques.

    L’encépagement s’organise autour du tannat majoritaire, cépage de base du madiran. Suivent le cabernet sauvignon, le cabernet franc, et pour les blancs le petit manseng, le gros manseng et le petit courbu. On cite quelques pieds en cours d’identification, les vignes étant anciennes. En Indication géographique protégée (IGP) Côtes de Gascogne, on trouve aussi chardonnay, sauvignon blanc, sauvignon gris, viognier, avec aussi un peu de syrah et de grenache noir.

    Méthodes culturales et vinification

    Aucun produit chimique de synthèse à la vigne ou au chai, aucun désherbant ou produit phytosanitaire, usage de fumier et de couverts végétaux, préparations à base de plantes, homéopathie, voilà pour la vigne : les critères d’une viticulture biologique bien conduite. Et pour le chai, la cuverie de vinification spécifique est la caractéristique majeure du domaine : des cuves de béton de soixante-dix hectolitres ouvertes au sommet permettent de réaliser des extractions par pigeage et non par remontage ou délestage traditionnel. Cela confère aux vins un fruité exhaustif et des tannins ronds et soyeux. L’élevage se fait en fûts de cinq cents litres où l’équilibre bois-vin est optimisé, pour ne pas masquer les arômes du fruit.

    Le domaine est cultivé en bio depuis le début des années 2000, mais la certification a été demandée en 2006 pour une obtention en 2013. Simon Capmartin précise que cette demande correspondait à un souci de clarté et de transparence pour les clients, car les méthodes bio et biodynamiques seraient restées les mêmes, certification ou non. C’est dans le même esprit que le label biodynamique Demeter a été demandé, le domaine utilisant les méthodes biodynamiques depuis dix ans, et plus intensément depuis cinq ans : préparations à base de plantes, homéopathie, etc. « Il y a parfois un fossé entre ce que les gens disent faire et ce qu’ils font réellement, confie Simon ; pour moi, cela permet d’inscrire notre travail dans un cadre. »
    Les cuvées du domaine Capmartin suivent de très près le parcellaire : chaque parcelle donne une cuvée et chaque cuvée provient d’une parcelle. L’orientation, l’exposition, la biodiversité confèrent une identité propre à chaque parcelle, laquelle transmet aux vins une énergie distincte. Le travail biodynamique permet de percevoir et d’affiner ces données naturelles. « C’est pourquoi, dit Simon Capmartin, nous avons beaucoup de cuvées. Je choisis généralement les parcelles à la vinification et cela fait des cuvées. Exception faite pour des cuvées plus globales comme Pimpant, assemblage de plusieurs parcelles pour obtenir un vin d’amitié et de convivialité, accessible, fruité et léger. »

    Les vins

    On a compris, en lisant les lignes qui précèdent, que la préservation de la note fruitée est un objectif de premier plan au domaine Capmartin : il y a un souci de ne pas pousser l’extraction, de favoriser la vie, la rondeur et l’expressivité du vin. Les crus de ce domaine exaltent les caractéristiques de leurs appellations : des madirans particulièrement denses et riches, des pacherenc-du-vic-bilh particulièrement frais et intenses. Et des côtes-de-gascogne faits pour la soif et le partage, des vins de France faits pour le plaisir. Le tout, évidemment, taillé pour la table, la gastronomie et la gourmandise. Des vins francs, honnêtes et accueillants, reflétant la passion de leurs créateurs. Avant de se lancer dans les cuvées nature, Simon hésitait un peu, car il avait bu quelques exemples du style qui ne l’avaient pas convaincu. De plus, il sortait d’un cursus scolaire œnologique selon lequel il fallait levurer, etc. Cependant, « je suis comme saint Thomas, je crois ce que je vois », dit-il. Il fait un essai avec une parcelle intéressante de cabernet sauvignon sur une année de rendement très faible, et le résultat (Cabernat) l’a conquis. « Le raisin n’a pas besoin d’autre chose que lui-même pour faire du vin », conclut-il.