Vinilibre

    Gorges (Loire-Atlantique), France
     
    Sagesse, folie, envie d’interpréter un sol, un terroir. Y magnifier du raisin, pour que la magie du minéral, du végétal, ne fassent qu’un.
    Christophe Bosque
     

    Où ?

    Gorges, en région nantaise, en plein pays du muscadet. C’est là que Christophe Bosque, négociant en vins naturels qui a roulé sa bosse, a ses parcelles de melon de Bourgogne. Toute profession mène à la vigne, c’est la passion qui décide du virage. Avant de devenir vinificateur et négociant en vins, Christophe, à trente-neuf ans, est cameraman. « Le prochain job que je ferai, se dit-il, devra me passionner, et je le ferai toute ma vie. » En 2008, il réalise son premier vin. Il commence son activité de négociant vinificateur dans le Sud, sous le principe du « vin libre », mais il échoue à la longue à enchaîner les millésimes. Il ouvre une agence commerciale, mais au bout de sept ans, fatigué de fréquenter toujours les mêmes salons, il devient importateur grossiste. Il crée en 2015 Vinilibre, maison de négoce et d’importation doublée d’une activité viticole.
    Christophe est un imbattable : quels que soient les hauts et les bas, il se relève toujours. Il importe des vins italiens, tchèques, allemands… et accomplit à Paris un parcours gagnant : de Saturne à Septime en passant par Le Baratin ou Le Verre Volé, toute la naturosphère parisienne s’arrache ses bouteilles. Et comme Christophe recommence à bien gagner sa vie, il refait du vin.
    Son savoir-faire de vinificateur doit beaucoup entre autres à son initiateur, Bruno Cormerais, connu pour ses cuvées sur granite de Clisson. Christophe réalise Divin Poison à base de raisins du Languedoc et du Rhône : grand succès. Pourtant, les embrouilles de l’activité commerciale le poussent irrésistiblement vers le travail de terrain : en 2018, il décide de se concentrer sur la vinification, dans le Rhône et le Minervois, mais surtout, depuis 2020, sur son propre domaine et dans son propre chai, en pays nantais. Le voilà vigneron à part entière sur la terre de ses ancêtres. Momentanément interrompu par la crise du covid, il en profite pour remettre son chai en état et le rééquiper. Il fait chez lui son premier millésime 2020, très réussi. Les affaires repartent et repartent bien. Entre ses mains, les terroirs du pays nantais s’expriment avec éloquence, netteté et sincérité sur la gamme du nature. Ce sont des vins de plaisir façonnés par la passion.
     

    Terroir, encépagement, méthodes culturales

    Le vignoble du domaine couvre 1,6 hectare, planté de melon de Bourgogne (muscadet). Les vignes, plantées vers 1950, ont longtemps été entretenues à l’ancienne, sans aucun produit chimique, et travaillées au cheval. Les sols sont constitués de gabbro (roche magmatique à texture grenue particulière à l’appellation Muscadet de Sèvre-et-Maine Gorges) sur sous-sol granitique, et l’enracinement des vignes est profond. Gabbro et granite sont ses sols préférés, portant un patrimoine viticole précieux. Ses vins peuvent aussi être issus de raisins d’amis vignerons des domaines voisins, toujours sur terroirs de l’estuaire de la Loire, ou d’autres régions françaises — mais il ne prend que le meilleur. L’objectif est d’interpréter le terroir d’origine des raisins à travers une gamme de vins sortant des sentiers battus, sans additifs de synthèse et avec le moins d’intervention possible.
     

    Vinification

    Zéro sulfite, zéro additif, bien entendu, à la vigne comme au chai. Les installations au chai sont typiques de la région : quatre cuves enterrées à la nantaise, aux parois recouvertes de carreaux de grès et ouvertes par une trappe pratiquée dans le sol du chai : deux de 90 hectolitres et deux autres de 70 hectolitres. On peut ajouter à cela trois jarres en grès, dont le vigneron se sert pour diverses expériences.
     

    Les vins

    Heureux de vendre ses vins sur trois continents et soutenu par son activité de négoce, Christophe Bosque produit des cuvées très personnelles, avec un talent certain pour le calembour raffiné (Gabbrodô, Armaguéridon, Ce qi nous lie (Remettons la France au goulot), Pink Different, Démons et Vermeilles…). Derrière cet habillage spirituel se tient une superbe mise en valeur du vin nature et, entre tous, du melon de Bourgogne, que nous n’appellerons pas muscadet, bien que le vin soit produit sur le territoire de l’appellation. « Je suis sorti de l’appellation Muscadet et de l’AOP sans quitter l’aire, dit Christophe. Je n’avais pas l’intention de suivre les pratiques de négociants utilisateurs d’additifs chimiques. Il y a de bonnes AOP et des mauvaises. »