Où ?

Sur la rive droite de la Gironde, qu’on appelle ici simplement « la Rivière », l’appellation viticole Blaye-Côtes-de-Bordeaux recouvre depuis 2009 l’ancien territoire des Premières-Côtes-de-Blaye. Cette appellation s’étend sur trois cantons : celui de Blaye, le plus proche de l’estuaire, caractérisé par un sol argilo-calcaire ; plus au nord, celui de Saint-Ciers-sur-Gironde, caractérisé par des croupes argilo-graveleuses ou argilo-sableuses ; enfin, au sud-est du Blayais, le canton de Saint-Savin, mélange de coteaux argilo-calcaires et argilo-graveleux et de plateaux silico-argileux. Le village de Saint-Martin-Lacaussade et le Château Frédignac sont situés dans le premier territoire, tout près de la ville de Blaye. De par son sol et son climat, cette zone est favorable aux cépages rouges : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot et côt (malbec). Traditionnellement, et comme l’ensemble de l’appellation, elle produit surtout des vins rouges et quelques vins blancs.
Château Frédignac fait partie des domaines viticoles bordelais menés en agriculture biologique, biodynamique et nature. Ces exemples sont encore trop rares, mais il ne faudrait pas exagérer leur exceptionnalité, légende entretenue par un Bordeaux bashing pernicieux, néfaste à la région et à la viticulture naturelle en général. L’activité viticole sur la propriété remonte à quatre générations. En 1919, un marin breton, Jean-Marie L’Amouller, s’installe au lieu-dit Frédignac où il achète des terres agricoles pour une exploitation laitière, céréalière et, sur les coteaux, viticole. La vigne se plaît si bien sur ces hauteurs argilo-calcaires qu’avec le temps, Jean-Marie passe de la polyculture à la monoculture et se consacrera désormais à la vigne. Le rachat des excellentes vignes de l’ancien Château Saugeron améliorent considérablement la qualité, ce qui incite le petit-fils de Jean-Marie, Michel L’Amouller, à quitter en 1984 la coopérative viticole de Cars pour lancer le premier millésime de Château Frédignac, en appellation Premières-Côtes-de-Blaye.
En 2012, Ludivine et Vincent L’Amouller reprennent officiellement l’exploitation. Cela fait déjà plusieurs années que ces deux diplômés des sciences de l’environnement, lors de la prise en main progressive du domaine, ont entrepris sa conversion intégrale à l’agriculture biologique, effective dès 2010. Le premier vin certifié bio à 100 % apparaît en 2014, et la certification Nature et Progrès est obtenue en 2019.
C’est l’occasion de rappeler, à l’encontre de certaines idées reçues qui ont la vie dure (émanant aussi bien des pro que des anti-viticulture bio), combien le bio et le nature sont l’avenir de Bordeaux, rendant à cette vaste appellation son identité profonde : l’essentiel n’y est pas la spéculation et le bling-bling. Ce sont des terroirs exceptionnels — situés sur le fameux 45e parallèle, latitude idéale des grands vins du monde —, un climat unique qui façonne et favorise leur expression, et un extraordinaire savoir-faire du vin qui remonte à l’Antiquité gallo-romaine.
 

Terroir, parcellaire, encépagement

Les vingt hectares de Château Frédignac sont situés sur des sols argilo-calcaires qui allient la fraîcheur de l’argile aux propriétés filtrantes du calcaire, assurant un bon drainage du sol et une alimentation en eau idéale pour la vigne. Le vignoble de l’actuel château est ainsi décrit dans la troisième édition de Bordeaux et ses vins de Féret (1874) : « Cette exposition très favorable à la culture de la vigne lui a valu d’être classé de temps immémorial parmi les premiers crus du Blayais. » La proximité de la Gironde tempère le climat, chaud en été et doux en hiver. Les vignes sont en moyenne âgées de trente-cinq ans, et l’encépagement correspond au profil traditionnel de la rive droite de Bordeaux et plus particulièrement de Blaye : en rouge, merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc, carménère (cépage historique de Bordeaux, qui a failli disparaître mais fait son retour) et malbec, appelé localement côt. En blanc, l’encépagement n’est pas moins bordelais : sauvignon blanc, sémillon. Le rosé tranquille est 100 % merlot.
 

Méthodes culturales

L’équipe de Château Frédignac tient à élaborer des vins qui reflètent parfaitement leur terroir et leur région. Les interventions humaines sont limitées au minimum. La certification Nature & Progrès implique un engagement accru : l’exploitation dans son ensemble doit être conforme au cahier des charges, pas seulement les vins ! Cette mention garantit l’absence de produits chimiques de synthèse et d’OGM ainsi que la préservation de l’environnement et de la biodiversité, le respect des sols, le bien-être animal. Ce qui est effectué à la vigne et au chai doit aboutir à des produits sains et bénéfiques pour le consommateur. La transformation écologique du domaine se poursuit avec la construction d’un chai à énergie passive permettant une production d’électricité à partir de la toiture, avec 240 m2 de panneaux solaires et équipé d’un système de récupération de l’eau de pluie, entre autres pour le lavage du matériel agricole.
 

Vinification

La longue description des méthodes de vinification et du travail au chai disponible sur le site de Château Frédignac démontre l’importance que revêt ce savoir-faire pour ses propriétaires. Les raisins sont régulièrement contrôlés à la vigne afin de déterminer la date de vendange optimale : la maturité des baies et des pépins doit être parfaite. Après une vendange manuelle pour les vins blancs et mécanique pour les rouges, les grappes sont éraflées puis délicatement foulées avant l’encuvage. La macération des rouges est de deux à trois semaines, suivie de la séparation du jus de goutte et des marcs. Ceux-ci sont pressés pour obtenir le vin de presse, plus concentré et plus tannique, élément essentiel du mode d’assemblage bordelais. L’assemblage est suivi de la fermentation malolactique, puis de l’élevage entre douze et dix-huit mois en cuve de béton ou en barriques de chêne français au tiers neufs, selon les cuvées. Les blancs sont vendangés manuellement en raison de la fragilité des raisins, mais aussi pour faciliter le tri et la sélection. Leur pressurage est direct, sans macération.
 

Les vins

« Fins et élégants, riches de beaux arômes de fruits et d’épices » : telle est la description qui convient aux vins rouges de Château Frédignac. Déjà dotée de cuvées biologiques, la propriété s’est lancée dans les vins nature, vinifiés sans intrant, dont nous sommes heureux de vous présenter quelques-uns à Culinaries : un pétillant naturel de merlot et un beau rouge tranquille de merlot et de cabernet sauvignon.
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